Où se trouve l'Île Norfolk ?
Elle est située entre l'Australie, la Nouvelle-Zélande et la Nouvelle-Calédonie.
Île Norfolk, dans le Pacifique Sud entre Nouvelle-Zélande et Australie
Comment se fait-il que Norfolk ait son propre dialecte, connu sous le nom de norfolk ou norfuk, et pourquoi ce dialecte ressemble-t-il tellement au pitcairn ou pitkern, parlé à Pitcairn, une île distante de près de 7000 kilomètres ?
Île Pitcairn, entre Nouvelle-Zélande et Pérou
Pour trouver les réponses à ces questions, il faut se pencher sur l'histoire des explorateurs anglais et de la colonisation dans cette partie reculée du monde.
Rael Donde, résident de Norfolk, nous en narre l'histoire dans une interview exclusive qu'il accorde au blogue :
Jonathan : Pouvez-vous décrire à nos lecteurs comment l'Île Norfolk, où vous habitez, a été initialement colonisée ?
Rael : Le premier Européen connu pour avoir aperçu l'île fut le légendaire Capitaine James Cook, en 1774, lors de son second voyage dans le Pacifique Sud, à bord du navire anglais HMS Resolution. Le gouvernement britannique a décidé de s'établir sur l'île pour y exploiter le lin (qui, avec le chanvre, pourvoyait aux besoins de la marine britannique en cordage et en toile à voile). À partir de 1788, ils y envoyèrent des expéditions de soldats et de bagnards. L'île est ensuite devenue une colonie pénitentiaire tristement célèbre.
Jonathan : Combien d'habitants vivent actuellement à Norfolk ?
A quel pays l'île appartient-elle ?
Qu'y faites-vous là avec votre épouse Angie ?
Rael : Il y a environ 1.800 habitants permanents. C'est l'un des territoires extérieurs australiens, mais il est largement autonome depuis 1979. Nous gérons un complexe hôtelier, le Cumberland Resort and Spa.
Jonathan : De quoi se composent et où sont situées les Îles Pitcairn ?
Rael : Elles sont au nombre de quatre, situées dans le Pacifique, à mi-chemin entre la Nouvelle-Zélande et le Pérou, à près de 7000 km de Norfolk, mais je ne parlerai que de Pitcairn, car les trois autres îles (Henderson, Ducie et Oeno) sont inhabitées. Pitcairn fait 3,2 kilomètres de long sur 1,6 kilomètre de large. Elle compte environ 48 habitants. C'est un territoire autonome britannique d'outre-mer, la plus petite juridiction au monde. C'est également un territoire d'outre-mer de l'Union Européenne.
Rael and Angie Donde Norfolk Island
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Photo satellite de l'île Pitcairn
Jonathan : Avant de nous expliquer le lien historique entre Norfolk et Pitcairn, pouvez-vous nous dire comment fut peuplée cette dernière ?
Rael : En 1789, une mutinerie éclata à bord d'un navire anglais, le Bounty, ayant à son bord des marins britanniques et 17 Tahitiennes (ou Polynésiennes) peut-être enlevées à Tahiti. Le chef des mutins, Christian Fletcher, plaça le commandant, le lieutenant William Bligh, dans un canot avec lequel il parcourut 6.700 km avant de rejoindre Timor, puis de regagner l'Angleterre en 1790 où il y dénonça la mutinerie.
Les mutins abandonnant le lieutenant Bligh et quelques-uns des officiers et membres d’équipage à la dérive du Bounty, navire de Sa Majesté, le 29 avril 1789.
par Robert Dodd
Pendant plus d'un siècle, « la mutinerie du Bounty » inspira des livres, des films et des chansons.
The Bounty Mutiny The Bounty
R.D. Madison Caroline Alexander
William Bligh &
Edward Christian
“The Bounty Mutiny” contient le texte intégral du récit de Bligh, les procès-verbaux de la procédure judiciaire recueillis par Edward Christian pour laver le nom de son frère, Christian Fletcher, qui mena la mutinerie. L’ouvrage renferme aussi la correspondance entre Bligh et Christian puis propose une sélection de récits postérieurs. « Le Bounty », écrit en 2004, propose une version révisée du personnage de Bligh et de sa conduite.
DVD du film de 1935 DVD du film de 1962
Jonathan : Qu'est-il arrivé aux mutins une fois installés à Pitcairn ?
Rael : Après s'être installés à Pitcairn et avoir brûlé le Bounty, les Pitcairnais, comme on les appelle, se lancèrent dans l'agriculture et la pêche, mais sombrèrent aussi dans la délinquance et l'alcoolisme. Les tueries interethniques ne tardèrent pas. Ils étaient isolés et furent totalement ignorés du reste du monde jusqu'en 1808, date à laquelle un navire de commerce battant pavillon américain relâcha dans l'île moins d’une journée. À ce moment-là, elle ne comptait plus qu'un mutin, Alexander Smith (qui se fit plus tard appeler John Adams), neuf femmes tahitiennes et 25 enfants métis. John Adams était venu à bout de la propension des insulaires à la violence en les convertissant au catholicisme. Les femmes de l'île obtinrent le droit de vote, mais une tradition de viols et d'abus sexuels sur les jeunes filles s'était instituée et se perpétua encore pendant un siècle. En dépit des informations fournies par le commandant du navire américain, le gouvernement britannique avait trop à faire avec Napoléon à cette époque pour prêter une quelconque attention à l'existence de cette communauté insulaire.
En 1814, Pitcairn fut redécouverte lorsqu’une division britannique de deux navires repéra l'île, envoya quelques hommes à terre et fit rapport aux autorités britanniques. L'Île Pitcairn devint colonie britannique en 1838. Au cours des 17 années suivantes, l'île prospéra et compta jusqu'à 193 habitants, mais elle devint trop petite pour sa population. Elle supplia alors la reine Victoria d'Angleterre de lui venir en aide. Les Britanniques proposèrent de transférer les habitants à l'Île Norfolk qui avait été une colonie pénitentiaire pour récidivistes. En 1856, toute la population de Pitcairn mit le cap sur Norfolk. Mais, moins de deux ans plus tard, les immigrants se dirent mécontents et, en 1863, 44 d'entre eux retournèrent à Pitcairn.
Jonathan: À quoi ressemble Pitcairn aujourd'hui ?
Rael: Les quatre familles vivant aujourd'hui à Pitcairn sont les descendants des mutins. Ils tirent leurs revenus du tourisme, des pièces de monnaie, des timbres, de la production de miel de haute qualité et de la culture d'une grande variété de fruits. L'école y est gratuite et obligatoire entre 5 et 16 ans. L'enseignement local se base sur les programmes préscolaire et primaire néo-zélandais.
À cause de l'émigration en Nouvelle-Zélande, la population est tombée à 45 habitants dont six (maire compris) sont maintenant en prison après avoir été condamnés pour abus sexuel par un tribunal néo-zélandais en 2004. Cette condamnation se fonda sur des preuves recueillies par des policiers en Australie, en Nouvelle-Zélande, au Royaume-Uni et dans l'Île Norfolk. Ces condamnations ont obligé à construire une prison dans l'île.
Jonathan : Pouvez-vous nous raconter comment s'est déroulé le procès qui a mené à ces condamnations ?
Rael : Les prévenus ont nié la compétence de l'autorité judiciaire britannique en la matière ainsi que le statut colonial de l'île, ce qui a soulevé un grave problème politique et constitutionnel de grande ampleur. Le procès se déroula devant la « Cour suprême des îles Pitcairn » avec des juges néo-zélandais adoubés par la couronne britannique en sa qualité de puissance souveraine. Deux cours d'appel ont ensuite confirmé la compétence de la juridiction inférieure. Un livre intitulé “Lost Paradise – From Mutiny on the Bounty to a Modern-Day Legacy of Sexual Mayhem, the Dark Secrets of Pitcairn Island Revealed” (« Paradis perdu - De la mutinerie du Bounty à nos jours, héritage moderne d’abus sexuels : révélation des secrets les plus sombres de Pitcairn ») a ensuite été publié.
Jonathan : Comment Pitcairn est-elle reliée au reste du monde ?
Rael : Pitcairn n'a ni port, ni aéroport. Des navettes vont à la rencontre des bateaux qui mouillent en rade. Le gouvernement affrète un bateau pour assurer la liaison avec les îles voisines, notamment celles de Polynésie française. Il y a deux chaînes de télévision sur l'île.
Jonathan : Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur les langues ou dialectes parlés à Norfolk et Pitcairn ? Comment se fait-il qu'ils soient parlés dans les deux îles ?
Rael : Le pitcairnais (aussi connu sous le nom de pitkern, pitcairnese ou pi’kern) est une langue créole dérivée de l'anglais du 18e siècle, avec des empreints au tahitien. C'est la langue principale parlée par les habitants de Pitcairn. Elle est enseignée dans la seule école de l'île, parallèlement à l'anglais. D'après ce qui vient d'être dit, il est évident que le dialecte parlé à Norfolk tire ses origines de la présence des habitants de Pitcairn. À cause du transfert de population à Norfolk, la langue parlée où je vis est similaire au pitcairnais, avec le degré de similitude qui existe peut-être entre l'espagnol parlé dans les différents pays d'Amérique Latine. Tous deux, pitcairnais et norfuk sont considérés par les Nations Unies comme des « langues en voie de disparition ». Ce sont essentiellement des langues parlées et non écrites. Des deux langues d'origine, l'anglais et le tahitien, l'anglais est prédominant. Mais, à l'oreille et sur le papier, les deux dialectes se différencient vraiment de l'anglais.
Voici, par exemple, les pronoms personenels :
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anglais |
norfuk |
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I |
ai |
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You |
yu yorlye |
(singulier) (pluriel) |
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He |
hi |
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She |
shi |
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We |
wi |
|
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They |
dem |
Mais étant donné que Norfolk est un territoire appartenant à l'Australie et Pitcairn à l'Angleterre (même si tous deux sont autonomes), l'anglais prédomine de plein droit à Norfolk. Les deux langues sont reconnues comme officielles.
Jonathan : Ce fut un véritable plaisir de vous avoir eu à bord (pour utiliser un terme marin de circonstance) en qualité de correspondant occasionnel du blogue dans le Pacifique, et d’avoir pu présenter à nos lecteurs à la fois Pitcairn et Norfolk, où vous résidez.
Rael : Tout le plaisir est pour moi. J'invite vos lecteurs à nous rendre visite à Norfolk et à nous contacter, Angie ou moi. Nous leur garantissons un accueil royal. Mon adresse électronique est la suivante : rael.donde@gmail.com
References supplementaires:
Mutinity on the Bounty (Wikipedia)
Mutinerie de la Bounty (Wikipedia)
Jonathan Goldberg et Anne Gillmé
Anne est installée depuis 5 mois en Australie et plus précisément à Hobart en Tasmanie, une île elle aussi. Norfolk est un nom qui résonne souvent à ses oreilles : c’est le nom de sa rue « Norfolk Crescent » et d’une ville située à une trentaine de kilomètres de Hobart, « New Norfolk ». Cette dernière d’ailleurs doit son nom aux habitants de l’Île Norfolk qui y ont été transférés au début du XIXe siècle. Soulignons également que l’Île Norfolk ne fut pas la seule colonie pénitentiaire. Les Britanniques utilisèrent même certains endroits du continent australien à cet effet.
Anne est traducrice freelance anglais-français. Ses domaines de prédilection sont le marketing et tous les sujets touchant au développement durable. Elle est également l’auteur avec Margarita Gokun Silver d’un cours interculturel sur la France, destiné à toutes les personnes souhaitant vivre, travailler ou étudier en France.
Notes linguistique et historique (Jean Leclercq):
Les îles Pitcairn ont été découvertes en 1767 par le navigateur anglais Philip Carteret, commandant de la corvette Swallow. Ce navire faisait partie de l'expédition de Samuel Wallis et s'en trouva séparé par une tempête, près du détroit de Magellan. Les îles étaient désertes, mais elles avaient eu jadis une population polynésienne dont on retrouva des vestiges. Après la mutinerie du Bounty, neuf mutins anglais, 12 Tahitiennes et six Noirs s'y installèrent le 23 janvier 1790.
Au XVIIIème siècle, la Grande-Bretagne et la France rivalisent dans la découverte du Pacifique. Aux voyages de Cook, d'Anson et de Wallis font écho ceux de Bougainville et de La Pérouse. Louis XVI, qui s'intéresse à la géographie, favorise cette politique. Mais, la Révolution compromet tout. On dit que les dernières paroles de Louis XVI furent pour demander des nouvelles de Monsieur de La Pérouse. Napoléon ne s'intéresse qu'au théâtre européen. En bon insulaire, il ne comprend rien aux choses de la mer. Du coup, les Britanniques raflent la mise...
Les mots anglais “island” et “isle” ont la même signification. Selon l'Online Etymology Dictionary, “isle” est entré dans la langue anglaise au 13e siècle, par l'intermédiaire du vieux français isle, lui-même dérivé du latin insula, signifiant “île”, peut-être la forme féminine de l'adjectif en-salos, signifiant “dans la mer”, de salum, “mer”. C'est un terme plus littéraire, utilisé dans la toponymie: Isle of Man, Isle of Wight. Remarquons qu'en français la vieille graphie isle a survécu dans des patronymes (Rouget de Lisle, Leconte de Lisle) et des toponymes (L'Isle-Adam, L'Isle-Jourdain, L'Isle-en-Dodon).
Le mot anglais « island » est entré dans la langue anglaise par un cheminement plus complexe.
Le mot anglais « islet », désigne un îlot. Il est entré dans la langue anglaise vers 1530, en provenance du français « islette ».
L'adjectif « insular » (insulaire, en français, dans son sens littéral, géographique), est couramment employé en anglais dans un sens métaphorique que l'on pourrait, dans ce cas, rendre en français par étriqué(e).
Enfin, en anglais, “insular” n'est pas employé comme substantif, de la façon dont les Français emploient insulaire, dans le sens d'îlien, d'habitant d'une île. L'équivalent anglais serait le mot “islander”.
Jean, traducteur chevronné, qui a commencé sa carrière il y a 45 ans, quand, ayant achevé des études de lettres et de droit, il a été orienté vers la traduction par les circonstances de la vie. Jean habite à Divonne-les-Bains (dans l'Ain).
© Jonathan Goldberg


Je viens d'aller visiter votre blog, il est impressionnant! Je me suis un peu évadée sur l'île de Norfolk... ce fut un plaisir incommensurable!
Je prendrai plus de temps pour visiter vos pages qui me semblent toutes plus intéressantes les unes que les autres.
Posted by: Christine | January 17, 2012 at 07:10 AM