Note du blog:
Parmi nos lecteurs, beaucoup s’intéressent non seulement à la langue anglaise, mais aussi aux relations anglo-françaises (entre la France et l’Angleterre ainsi qu’entre la France et les Etats-Unis), actuelles et passées. Il est bien connu qu’à différentes périodes de l’histoire ces relations ressemblaient à celles d’un couple marié ne pouvant pas vivre ensemble amicalement, mais ne pouvant pas non plus se séparer l’un de l’autre.
Notre fidèle lectrice, Danielle BERTRAND, professeur d’histoire, a bien voulu contribuer à l’écriture de ce blog en abordant, dans son style inimitable, des passages pertinents concernant les relations anglo-françaises (entre la France et l’Angleterre ainsi qu’entre la France et les Etats-Unis), actuelles et passées. Nous commençons par son premier billet, qui traite de la Guerre de Cent Ans.
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Première partie :
Les dates officielles de cette guerre la placent entre 1337 et 1453. Cela fait plus d’un siècle, mais, selon la plupart des historiens, 100 ans c’est à la fois trop et trop peu.
Trop, car il n’y eut guère que cinquante ans de « guerre », c’est-à-dire de périodes de combats, entrecoupées d’accalmies.
Trop peu, car il s’agit en fait d’un conflit ouvert dès 1152 par le remariage d’Aliénor d’Aquitaine avec Henri Plantagenêt, futur roi d’Angleterre.
Plutôt que d’imposer aux lecteurs le récit des péripéties extrêmement compliquées, ce qui serait quelque peu fastidieux, de ces luttes, j’ai choisi de centrer le récit sur quelques évènements marquants, quelques personnages hors du commun que je m’efforcerai de situer de façon à faciliter la compréhension.
Commençons par celle par qui tout arriva, celle dont le "caprice" (Jean Duché*, « Histoire du Monde ») déclencha ce long conflit…
Aliénor d’Aquitaine et la "première" Guerre de Cent Ans
Née vers 1122, morte en 1204 cette femme s’est distinguée à la fois par sa longévité, à une époque où l’espérance de vie ne dépassait guère trente ans, par son rôle politique et par ses... "frasques".
Mariée à l’âge de quinze ans à peine, devenue Reine de France quelques jours après son mariage par le décès de son beau-père, elle eut très tôt l’ambition de jouer un rôle politique qui put "s’épanouir" au cours de sa participation à la Seconde Croisade (qui prit la route de Jérusalem en 1147). Elle y fut de toutes les intrigues et y défraya la chronique par ses relations peu avunculaires avec Raymond de Poitiers.
Lassée par son royal mais peu empressé époux, elle demanda au Pape l’annulation de son mariage, alléguant qu’elle était cousine (au neuvième degré !!!) de son mari. Le Pape, impuissant à réconcilier le couple royal, finit en 1152 par dissoudre le mariage, l'Église interdisant alors le divorce.
Aliénor s'empressa d’épouser Henri Plantagenêt, couronné peu après roi d’Angleterre.
Tenue quelque temps un peu éloignée de la politique par la naissance de huit enfants, elle reprit bien vite du service, se mêlant des querelles entre ses fils dont les plus connus sont Richard Cœur de Lion et Jean Sans Terre. La France ne se priva pas d’intervenir, souvent par l’intermédiaire d’Aliénor qui, bien que Reine Mère outre-manche, n’en restait pas moins une princesse française. Les rois de France considéraient en effet que les rois d’Angleterre étaient de bien turbulents vassaux dans leurs fiefs en territoire français, dont le plus vaste était l'Aquitaine, héritage d’Aliénor, ce qui les incitait à prétendre à la couronne de France chaque fois que l’occasion s’en présentait.
Aliénor se retira au couvent (pour expier ses nombreux péchés ?) où elle mourut en 1204.
Cette Première Guerre de Cent Ans, émaillée de nombreux combats, fut sous le règne de Philippe III, dit Philippe Auguste, marquée par le recul des possessions anglaises en France, et connut une période d’accalmie sous le règne de Louis IX, plus souvent nommé Saint Louis, qui signa la Paix de Paris en 1259. La Guerre reprit avec Philippe IV Le Bel qui arracha l’Aquitaine aux Anglais en 1294, mais, pressé par d’autres soucis, la rendit bien vite à Edouard Premier d’Angleterre contre la renonciation de celui ci au trône de France, déjà prévue par le Traité de Paris.
Deuxième partie
Il est temps d’en arriver à la « vraie » l’officielle Guerre de Cent ans dans tous les manuels d’histoire français.
Elle fut caractérisée par des désastres spectaculaires, des redressements inattendus, des crises intérieures qui compromirent souvent les victoires militaires de l’un ou l’autre camp.
On peut y distinguer plusieurs phases, après la « valse hésitation » d’une dizaine d’années qui conduisit à la reprise du conflit en 1337.
C’est à cette « valse hésitation » que je consacrerai la chronique d’aujourd’hui.
J’aborderai ensuite les trois phases de la guerre proprement dite, une première phase pendant laquelle la France, bien que subissant de graves revers, réussit à bien rétablir la situation (1337/1380), une seconde, marquée par les guerres civiles déchirant les deux pays, mais qui s’achève par le quasi écrasement de la France, et enfin le redressement de la France couronné par la victoire de Castillon en 1453, qui met un point final à ce conflit……que bien d’autres devaient suivre avant qu’on n’en arrive à « l’Entente Cordiale » !!!
Comment le conflit se ranima
Les relations franco-anglaises étaient depuis quelque temps apaisées. Le Roi de Franc Philippe IV Le Bel avait rendu la Guyenne à Henri III Roi d’Angleterre à condition que celui-ci se reconnaisse son vassal, et avait marié sa fille Isabelle à Edouard héritier de la couronne d’Angleterre.
Mais en 1328 tout fût remis en question. La couronne de France se retrouva sans héritier direct mâle, les filles ayant été écartées en invoquant une vieille loi des Francs Saliens selon laquelle les femmes ne pouvaient ni exercer ni transmettre le pouvoir royal. Comme il fallait bien un roi, les « notables et barons assemblés » durent choisir entre trois candidats; Philippe de Valois, fils du frère cadet de Philippe Le Bel, Philippe d’Evreux, fils d’un frère plus jeune, et le jeune et « tout frais » Roi d’Angleterre, Edouard III, petit-fils de Philippe Le Bel par sa mère Isabelle…La combinaison du droit d’aînesse et de la fameuse» « loi salique », fit porter le choix sur le Valois, qui monta sur le trône sous le nom de Philippe VI. (Non , je n’ai pas sauté un numéro, je vous ai juste épargné Philippe V Le Long qui pendant son court règne ne put faire à son épouse l’enfant qui, s’il eût été un mâle, nous aurait peut être épargné ce rebondissement du conflit …)
Edouard III fit hommage à Philippe VI, précisant même un peu plus tard qu’il s’agissait d’un hommage « lige » c’est à dire qui l’engageait à soutenir le Roi de France, en quelque sorte « suzerain prioritaire », si celui-ci entrait en guerre avec un autre suzerain d’Edouard.
Cette attitude de résignation s’explique fort bien par les difficultés du jeune souverain anglais. Son royaume semble alors moins riche, moins armé, plus isolé en Europe que la Royaume de France, et il a des difficultés avec les Ecossais. Par ailleurs il a eu du mal à exercer lui-même le pouvoir après l’abdication de son père Edouard II, ayant du pour cela se débarrasser par des moyens énergiques (l’exil pour l’une et l’exécution pour l’autre) de sa mère Isabelle et de l’amant de celle ci, Mortimer, qui se trouvaient fort bien d’exercer le pouvoir à sa place !
C’est finalement la France, qui se sentait puissante après avoir écrasé une révolte des Flamands contre le Comte Louis, jouissait d’un assez grand prestige en Europe et pensait utile de remettre l’Angleterre à sa place pour pouvoir prendre la tête d’une Croisade internationale en Orient qui relança le conflit.
En mai 1337, le Roi de France prononça la saisie du fief Aquitain (ou Guyenne)
Cette fois Edouard I, qui entre temps avait assis son pouvoir, ne s’inclina pas. Il envoya à son suzerain son « défi » ouvrant un conflit de type féodal, et, dans la foulée, revendiqua le trône de France pour lui-même. Qu’avaient donc les Anglais à faire de la loi salique ?
Ainsi les hostilités étaient à nouveau ouvertes… ..les deux rois savaient-ils qu’ils engageaient leurs pays dans un conflit si long, si coûteux et si lourd de conséquences pour les deux royaumes ?
Troisième partie
Il est temps d’aborder la guerre proprement dite, et cette chronique est consacrée à la première phase du conflit, de 1337 à 1380, caractérisée par le redressement de la France après une série de « désastres ».
La France se sentait forte économiquement, son armée était nombreuse et son prestige considérable. Elle avait quelque peu négligé l’aspect diplomatique et ne pouvait compter que sur la Castille.
Mais Edouard III avait une armée plus moderne, s’inspirant des méthodes de combat des Gallois et des Ecossais contre lesquels il avait dû lutter. Surtout il avait su s’assurer des alliés et l’Empereur Louis de Bavière, excommunié par la Pape d’Avignon, avait reconnu ses droits à la couronne de France. Certes le soutien militaire des Princes d’Empire fut quasiment nul, mais Edouard pouvait compter sur le soutien des marchands de Flandre menés par un des leurs, Jean Artevelde et il était venu se faire reconnaître Roi de France à Gand. Avec la Bretagne, où un corps anglais débarqua en 1342 à l’occasion d’un conflit de succession, il disposait de trois têtes de pont en territoire français.
La flotte anglaise avait acquis en 1340 la maîtrise de la Manche en détruisant la flotte française appuyée d’unités castillanes (Bataille de l’Écluse). De nombreux combats entrecoupés de trêves épuisaient les deux pays sans grand résultat.
En 1346 la bataille de Crécy fut un désastre pour la France: les chevaliers français, fatigués, lourdement harnachés, indisciplinés et méprisant la « piétaille », furent « défaits » par une armée anglaise reposée, appliquant une bonne stratégie, et dont les archers semèrent la panique. Philippe VI réussit de justesse à s’enfuir, tandis qu’Edouard mettait le siège devant Calais, dont les bourgeois, venus « en chemise la corde au cou » remettre les clefs de la ville, ne furent sauvés que par les supplications de « la noble Reine d’Angleterre ». Après la trêve de Calais, Edouard III regagna son royaume atteint en 1348 par une épidémie de peste noire qui avait déjà ravagé la France et dont Philippe VI mourut en 1350.
Le successeur de ce dernier, Jean Le Bon, s’engagea de façon imprudente dans un conflit avec le Roi de Navarre, par ailleurs prince français, surnommé de Charles le Mauvais, qui revendiquait la couronne. Ce conflit coûta cher et contraignit le Roi à des expédients ; un « remuement » fit perdre à la monnaie 70% de sa valeur. Pendant ce temps, l’armée Anglaise pillait la Bretagne, et des combats avaient lieu en Guyenne.....…La trêve n’était donc que relative. Le fils d’Edouard III, le Prince de Galles, plus connu sous le nom de Prince Noir, infligea à Poitiers en 1350 un second Crécy aux Français qui ne semblaient pas avoir tiré la leçon du premier.
Jean Le Bon se rendit et fut emmené en captivité à Londres. Son fils aîné Charles qui assurait « l’intérim » fut confronté aux ambitions de Charles le Mauvais, au désastre financier, à la révolte des Parisiens (février 1358), menés par le Prévôt des marchands Etienne Marcel, et aux désordres provoqués dans les campagnes par les « Jacques ». Il parvint tout de même à récupérer sa capitale après l’assassinat d’Etienne Marcel qui s’était allié à Charles le Mauvais et avait ouvert Paris aux Anglais, provoquant ainsi un sursaut de patriotisme !
Jean Le Bon entretemps avait préparé une paix qui ne fut signée qu’après moult péripéties, le Traité de Brétigny (mai, 1360). La France s’engageait à payer une forte rançon et cédait de vastes territoires pour constituer une « grande Aquitaine anglaise », s’étendant du Sud de la Loire aux Pyrénées et à l’est aux confins du Massif Central. Il était convenu que par acte séparé le Roi de France renoncerait à sa suzeraineté sur l’Aquitaine en échange de la renonciation par le Roi d’Angleterre à ses droits à la couronne de France.
Ce traité devint vite caduc, la France étant dans l’incapacité de payer la rançon…. Jean Le Bon qui avait le sens de l’honneur, reprit le chemin de Londres où il mourut en août 1364.
Avec le règne de Charles V, dit Charles le sage, qui avait déjà une solide expérience du pouvoir commença le redressement de la France. Ce souverain sut s’entourer de bons conseillers, encouragea les intellectuels, prit de bonnes décisions dans le domaine financier, et avec l’aide de Bertrand Du Guesclin remit de l’ordre dans le Royaume.
Il parvint à mettre au pas Charles Le Mauvais, obtint que les garnisons anglaises soient chassées de Bretagne, et Du Guesclin « réembaucha »les mercenaires, au chômage technique depuis Brétigny, et qui organisés en « Grandes Compagnies », semaient la terreur dans les campagnes, dans une guerre de succession en Espagne qui assura à nouveau l’alliance de la Castille.
Il travailla aussi à redonner des ressources à l’état en inventant la gabelle, impôt sur le sel dont il fallait obligatoirement acheter une certaine quantité. Ses efforts pour rétablir une monnaie stable furent cependant annulés par les effets de la « loi » bien connue selon laquelle « la mauvaise monnaie chasse la bonne ».
Il se prépara aussi à la reprise de la guerre : remise en état des forteresses, nouvelles armes (arcs et artillerie) troupes permanentes dont la solde était payée régulièrement, ce qui limitait le pillage, recherche d’alliances avec l’Ecosse, la Castille et la Flandre qui avait par le passé soutenu l’Angleterre.
Il ne lui manquait que le prétexte pour reprendre la lutte. À l’occasion en 1368 du refus du Comte d’Armagnac de payer un impôt à son suzerain, le Prince de Galles, et après que le Comte se soit adressé au Roi de France comme « à son Seigneur souverain de tout le duché de Guyenne », Charles V confisqua le fief, et la guerre recommença…….
J’épargne au lecteur le détail des combats qui se déroulèrent dans le Sud ouest et le Nord de la France pour n’en retenir que le résultat.
En 1380 la présence anglaise sur le territoire français s’est réduite comme une peau de chagrin : un petit territoire au sud de Bordeaux, une « poche » autour de Dax et Bayonne, les ports de Calais, Brest et Cherbourg.
En 1380, la France semble tirée d’affaire, mais l’avenir est incertain. Les protagonistes de cette phase du conflit sont morts : Le Prince Noir et Edouard III en 1377, Du Guesclin et Charles V en 1380.
Les deux pays sont épuisés financièrement par la guerre et affaiblis par des crises économiques et des troubles sociaux. Dans les deux pays la présence de souverains mineurs (Charles VI a douze ans et Richard II en a dix !) ouvre la voie aux rivalités de leur entourage.


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